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Matériaux

Tissu Sunbrella ou vinyle marin : lequel pour quoi

· 7 min de lecture · Atelier Annie Dallaire

Rouleaux de toile Sunbrella marine sur une étagère d'atelier, teintes marine, charbon, beige et bleu

Une toile de bimini et un banc de cockpit ne passent pas le même été. L'une sèche au vent en dix minutes, l'autre reste mouillée sous une serviette pendant quatre heures.

C'est pour ça que le choix entre un tissu Sunbrella et un vinyle marin ne se tranche pas au prix. Il se tranche par la pièce de votre bateau dont on parle. Les pages de matériaux des ateliers nautiques québécois listent les deux côte à côte sans jamais dire lequel survit à quoi.

Voici la différence, et ce que dix étés sur le Saint-Laurent ou sur un lac des Laurentides font à chacun.

Teint dans la masse ou enduit en surface : ce qui décide de la couleur de votre toile

Votre toile prend le soleil douze heures par jour, tout l'été. Ce qui décidera de sa couleur dans cinq ans se joue avant même le tissage.

Une toile acrylique teinte dans la masse reçoit son pigment dans l'acrylique liquide, avant que la fibre soit filée : la couleur traverse le filament au complet. C'est la construction que Glen Raven emploie pour la Sunbrella depuis 1961, et celle de plusieurs toiles marines équivalentes.

Une toile teinte après tissage porte sa couleur en surface, sur une fibre qui reste pâle en dedans. Les UV attaquent le colorant là où il est exposé, et l'abrasion enlève quelques microns de fibre chaque saison. Sur une toile teinte dans la masse, ces microns révèlent de la fibre encore colorée. Sur l'autre, le coeur pâle.

Ce que ça donne pour votre bimini : le ton d'origine tient saison après saison, au lieu de virer au délavé pendant que le tissu est encore solide.

Le vinyle marin règle le même problème autrement. C'est une couche de PVC plastisol montée sur une trame de polyester tricotée, autour de 0,9 à 1,2 millimètre au total. La couleur, les stabilisateurs UV et l'agent antimoisissure sont intégrés au composé pendant la fabrication, pas vaporisés à la fin. Vos bancs ne perdent donc pas leur teinte par la surface. Ce qui vieillit sur un vinyle, ce n'est pas le pigment.

Le tissu Sunbrella pour votre toile, le vinyle marin pour vos bancs

La règle tient en une question : est-ce que la pièce respire, ou est-ce qu'on s'assoit dessus.

Votre bateau dégage de l'humidité tout l'hiver sous sa housse : fond de cale jamais tout à fait sec, tapis humide, condensation quand le soleil frappe la toile. Une toile acrylique laisse cette vapeur sortir. Une matière étanche la garde en dedans, et la moisissure s'installe sur tout ce qui dort dessous.

Vos bancs ont le problème inverse. Ils encaissent l'eau du lac, l'huile solaire, un maillot mouillé. Là, l'étanchéité est exactement ce qu'on cherche : un vinyle marin s'essuie d'un coup de linge, pour que la mousse en dessous ne boive pas la saison au complet.

L'abrasion tranche aussi. L'industrie marine situe le seuil du vinyle marin à 30 000 doubles frottements à la méthode Wyzenbeek (ASTM D4157). C'est le chiffre qui compte pour une banquette qu'on enjambe cent fois par fin de semaine.

En pratique, sur les speedboats de la Rive-Nord et de Lanaudière, les deux vivent sur le même bateau. Acrylique pour le bimini, la housse et le tonneau cover. Vinyle marin pour les bancs de cockpit, le siège de capitaine et les coussins de proue.

Le gel-dégel : ce que votre toile pardonne, ce que votre vinyle ne pardonne pas

Vos deux matières ne craignent pas la même chose entre novembre et avril.

Votre toile acrylique reste souple au froid. Ce qui la finit en hiver, c'est le pli. Une arête franche prise par moins vingt garde la marque, et cette marque devient une amorce de déchirure la saison suivante. Rangée à plat ou roulée, au sec, elle repart intacte au printemps.

Votre vinyle, lui, n'est souple que parce qu'il contient des plastifiants. Le froid les fige. Le vinyle marin est spécifié pour un seuil de cold crack de moins 29 degrés ou plus froid (ASTM D2136), soit la température à laquelle un échantillon plié fend. Un vinyle d'ameublement ou d'auto n'a pas ce seuil, et il fend dans un janvier québécois.

Le mécanisme qui finit par avoir vos bancs n'est pas le froid tout seul. Les UV et la chaleur chassent lentement les plastifiants hors du PVC. Le vinyle durcit un peu chaque été. Un vinyle durci qui gèle, puis qu'on écrase en s'assoyant à la première sortie de mai, fend le long de la ligne de couture.

C'est pour ça que les fentes commencent sur les surfaces horizontales, celles qui regardent le soleil, jamais sur les côtés verticaux du même banc. Un vinyle spécifié pour le seuil marin vous achète des saisons avant ce point.

Le fil de vos coutures lâche avant le tissu

Sur la plupart des toiles et des bancs qui arrivent à l'atelier, ni l'acrylique ni le vinyle n'a lâché en premier. C'est la couture.

La raison est mécanique. Le tissu de votre bimini fait écran aux UV pour tout ce qui est en dessous. Le fil qui court sur la couture n'a aucun écran : il reçoit le soleil sur tous ses côtés, toute la saison.

Un fil de coton lâche en quelques saisons. Un polyester d'usage général tient un peu plus, mais pas en milieu marin. Le plancher acceptable, c'est un fil polyester marine UV-stable. Au-dessus, il y a les fils techniques en PTFE, du type Tenara, pour les pièces qui restent dehors toute la belle saison.

Annie coud au fil polyester marine UV-stable et passe les bordures et les points de tension en double-fil, deux passages au lieu d'un, pour que la couture de votre toile n'ouvre pas d'un coup si un fil casse. Les coins exposés au vent reçoivent un renfort cousu à part, parce que c'est là qu'une toile part en premier.

Ce détail change la lecture que vous faites de votre pièce. Une couture qui ouvre sur une toile de dix étés ne veut pas dire que le tissu était mauvais. Elle veut dire que l'ensemble a fait son temps, et que la pièce se refait au complet plutôt que par section.

La matière suit votre projet, pas l'inverse

Aucune des deux n'est meilleure dans l'absolu, et aucune marque ne règle la question à votre place.

Annie travaille avec un réseau de fournisseurs québécois : toile Sunbrella ou équivalent, vinyle marin, cuirs auto et marine, fils techniques. Rien n'est imposé d'avance. La matière est choisie selon votre projet, jamais l'inverse.

Ce qui entre dans le choix : l'exposition réelle de la pièce, le nombre de saisons que vous comptez en tirer, et le budget. Une toile acrylique générique coûte moins cher et donne moins de saisons qu'une acrylique teinte dans la masse bien entretenue. Sur une embarcation que vous revendez dans trois ans, c'est le bon calcul. Sur celle que vous gardez quinze ans, c'est le mauvais.

Le délai réel tourne autour de quatre à huit semaines selon la saison. Certaines couleurs doivent être commandées et ajoutent du temps, et il arrive qu'une pièce posée demande un ajustement à la visite suivante. Le travail se fait à la main dans un atelier de la Rive-Nord de Montréal, sur rendez-vous, avec déplacements vers Laval, les Laurentides et Lanaudière pour les mesures.

Le détail de chaque famille de matière est sur les pages toile Sunbrella et vinyle marin. Pour la pièce elle-même, la page toile de bateau sur mesure explique comment ça se passe, du patron pris sur votre bateau jusqu'à la pose.

Pour un projet sur mesure, demandez un devis.

Questions fréquentes

Est-ce qu'un tissu Sunbrella peut servir à recouvrir les bancs de mon bateau ?
Techniquement oui, et ce n'est pas le bon choix pour une assise exposée. Une toile acrylique laisse passer l'eau et l'huile solaire jusqu'à la mousse en dessous, qui reste humide et finit par sentir. Pour un banc de cockpit ou un coussin de proue, le vinyle marin est la matière qui s'essuie et qui sèche en surface. L'acrylique garde son avantage sur tout ce qui doit respirer : bimini, housse, tonneau cover.
Combien de saisons dure une toile de bimini au Québec ?
Deux choses décident, bien avant la marque. La première : la toile est-elle teinte dans la masse ou en surface, ce qui détermine si elle se délave. La deuxième : est-elle rangée sèche et sans pli serré, parce qu'un pli gelé devient une déchirure. Le signal fiable de fin de vie n'est pas la couleur, c'est une couture qui commence à ouvrir sur les bordures.
Est-ce qu'Annie travaille seulement avec la marque Sunbrella ?
Non. Annie travaille avec un réseau de fournisseurs québécois et choisit la matière selon le projet : toile Sunbrella ou équivalent, vinyle marin, cuirs auto et marine, fils techniques. Sur une même embarcation, il arrive que la toile et les bancs viennent de deux fournisseurs différents, parce que les deux pièces n'ont pas le même travail à faire.